
Je suis d’abord et avant tout romancier, mais j’ai écrit beaucoup de livres dont j’hésite à dire que ce sont des biographies. J’ai écrit sur toutes sortes de personnages, des écrivains, des artistes japonais, des peintres comme Rubens, des poètes comme Rimbaud. J’ai même écrit un livre sur Napoléon. Après toutes ces vies, la non-vie de Shakespeare avait quelque chose d’un peu amusant comme objet d’une possible biographie ou d’une possible anti-biographie…
Philippe Forest a eu l’excellente idée de publier une vie de Shakespeare cette année, alors même que la saison du Théâtre de Chartres fait aussi toute la place au merveilleux dramaturge anglais. Et ce qui est formidable, c’est que Philippe Forest en fait un essai qui est aussi un roman, parce que, « de William Shakespeare, on sait tout, c’est-à-dire à peu près rien.
À moins que ce ne soit l’inverse. Car que sait-on, au fond, de la vie d’un homme ? Que peut-on en rapporter ? Comment dessiner le portrait de cet auteur, immense, quand ses traits sont ceux de tous – autant que ceux de personne ?
Une vie suppose des faits et des gestes. Ils sont tous là. Une vie s’étoile de mots. Ils sont partout. « Words, words, words », dit Hamlet » : Philippe Forest sait le vertige des phrases et le mirage de l’identité, quand nous n’avons rien en propre. Partant, cet essai est une vie de Shakespeare, par-delà la vérité.
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